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L'Art de la Guitare
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| La technique
guitaristique |
Conception et
définition |
Par Michel
Sadanowsky
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Définir les concepts d'une technique instrumentale
optimisée est le principal devoir du guitariste. Une observation bien menée mettra en
évidence des manques éventuels lesquels, d'une manière consciente ou inconsciente,
posent un certain nombre de problèmes techniques quotidiens au guitariste.
Ces problèmes
fondamentaux sont en général les suivants: maîtrise des déplacements, nature et
définition de l'attaque, régularité de celle-ci en son et en puissance, coordination
entre le système mécanique droit et le système mécanique gauche, rapidité, clarté,
contrôle des cordes à vide, doigtés réalistes, etc. |
Volontairement seront écartés des
propos qui suivent l'aspect musical des problèmes
découlant d'une méconnaissance des styles ou d'une absence parfois dramatique
d'intuition, de bon goût ou d'imagination.
Une observation à caractère analytique des textes permettra ici la mise en évidence
d'éléments objectifs de l'écriture qui seront de nature à justifier l'élaboration
d'une conception à la fois globale et détaillée de la technique. |
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Il
faut ici comprendre que l'attaque d'une corde est la résultante de
plusieurs paramètres, définis au préalable ou spontanés.
Il sera donc défini comme étant constitutif de
la nature de la guitare que celle-ci soit rangée dans la famille des
instruments à cordes pincées (harpe, clavecin, épinette, luth, etc.).
Il convient donc d'établir une approche cohérente de l'étude des
principes techniques de base de l'instrument. On ne peut considérer la
guitare comme un instrument à cordes pincées et commencer son
apprentissage en frappant (butant) les cordes sans éprouver des moments
inconfortables dans la pratique de l'instrument.
Sans rejeter cette attaque, plus subjective et de
nature à renforcer des effets de sons, de puissance, ou encore permettant
une stabilisation de la main droite, il est nécessaire d'admettre
l'attaque pincée comme étant l'attaque la plus universelle (commune),
permettant de définir d'une manière identique - rejoignant en cela la
problématique pianistique - les trois principes fondamentaux évoqués
plus haut: gammes, arpèges et accords.
Le guitariste reste le seul à admettre comme
inéluctable le fait de changer la nature de l'attaque des doigts de la
main droite en fonction de la configuration de l'écriture. Quelques notes
arpégées se joueraient pincées, quelques notes en gammes se joueraient
butées, un accord en pincé, etc., le guitariste passe allégrement d'un
principe sonore à un autre avec une surdité qui force l'admiration. |
Mais,
fera-t'il remarquer sans rire, il faut travailler l'égalité sonore en
pincé et en buté!
Une question s'impose au pragmatique qui n'a pas forcément l'éternité
devant lui: pourquoi ne pas tout pincer et réserver le buté à d'autres
usages, sagement médités?
Cette acceptation s'accompagnera d'une humilité
de bon aloi qui semble faire défaut à beaucoup, considérant que la
chance d'être guitariste tient lieu d'éducation musicale, de culture,
d'analyse, de notion de style, d'harmonie, points communs à l'ensemble
des autres musiciens, éduqués à force de sonatines et études écrites
par les plus grands compositeurs de chaque époque.
Il apparaît donc comme une nécessité de
développer une attaque globalisant les principes suivants: aisance,
clarté, puissance, relaxation. Ces composantes s'installeront à partir
d'une position de la main droite stabilisée par le pouce droit reposant
sur une corde. Ce principe est en fait la mise en forme et en rigueur de
l'observation d'une technique complètement instinctive utilisée par des
guitaristes doués, jouant flamenco, classique ou autre, et qui sont
pourtant incapable d'expliquer la stabilité enviable de leur système
droit.
Nous verrons plus tard, comment diviser
intellectuellement et pratiquement la main droite en deux systèmes
distincts, imitant en cela le pianiste qui possède à une échelle plus
évidente deux entités indépendantes, gauche et droit. Cette division
contribuera à restituer avec plus de précision les éléments
constitutifs de la polyphonie. |
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L'attaque pincée génère un son clair et souvent peu puissant, à l'inverse d'une
attaque butée qui génère un son rond, plus puissant et même parfois lourd.
L'expérience des règles acoustiques et biologiques fait pourtant que les sons les
mieux perçus par l'oreille sont les sons clairs. Il est un fait que la
clarté remplace avantageusement une grande partie de la puissance, sans toute fois se
substituer à celle-ci totalement. |
C'est ici que la stabilité de la main donnée par la
pose du pouce est déterminante pour le travail des doigts. Le guitariste développera une
musculation et une tonicité des articulations qui lui permettra en quelque temps de
trouver une puissance accrue en pincé. Sans chercher forcément un idéal sonore qui
perturbe et handicape la pensée, l'association clarté + puissance + timbre seront
les composantes du son dont l'évolution est à surveiller. |
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On peut déterminer plusieurs attaques qui se distinguent entre elles par l'action
digito-mécanique qui les définit. Il est possible d'envisager une multitude
d'actions digitales que l'on peut nommer et donc recenser. Intellectuellement, c'est
simple, donc pratiquement compliqué. Il convient donc de simplifier. Abel Carlevaro à
défini cinq attaques différentes que le jeu intellectuel permet d'appliquer d'une
manière exhaustive aux notes d'un texte musical. Comme des intonations et des effets de
voix qu'un comédien plus ou moins cabotin s'exercerait à employer devant sa glace.
J'invoque ici le droit et même le devoir d'être plus spontané. |
Une fois fixées les
grandes lignes objectives d'une interprétation, les attaques nécessaires à la
restitution de l'oeuvre peuvent aussi être l'aboutissement d'une pulsion résultant des
états émotifs de l'interprète. Ce même principe émotionnel, la plupart du temps,
préside à l'élaboration de l'oeuvre. Le bon goût et l'intuition guideront
l'interprète et limiteront éventuellement sa subjectivité.
On est ici loin des clivages du types attaque à droite, à gauche, qui ont alimentés les
querelles d'écoles, à défaut de toute autre réflexion plus constructives. Par contre,
savoir quel sont les points d'articulations d'un doigt me paraît plus de nature à
définir les bases d'une technique consciente, donc bientôt maîtrisée dans sa
conception.
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Souvent, nous sommes préoccupés avant tout autre chose, de produire le son qu'il nous
semble idéal de faire entendre. Cette préoccupation est telle qu'elle engendre une sorte
de surdité sélective. Ce phénomène empêche de juger de l'ensemble d'une phrase
musicale selon tous les paramètres qui la définissent. Autrement dit, le guitariste
entend parfaitement les notes qu'il joue ou qu'il croit avoir jouées, mais pas les bruits
parasites ni la définition inégale qui les accompagnent souvent.
Avant toute appréciation objective de phrasé, de dynamique, de legato, de style,
l'aspect subjectif lié au son est souvent le premier élément de jugement.
Que d'aberrations de doigtés, que de manque
de cohérence, combien de déplacements insensés ont été vus et entendus pour que le
son soit! Combien d'éléments formant un discours musical basique ont été sacrifiés
sur l'autel du son?!
Avec
bonne conscience, le guitariste passera de longues heures, de longues
années à définir d'abord, à tenter de garder ensuite, le son idéal
que son imaginaire lui dicte d'édifier. Et pourtant, ce son idéal, de
quoi est-il composé? Organologiquement, de la vibration de la corde sur
le système résonateur de la guitare.
La corde est mise en vibration par le doigt qui l'attaque, à
un endroit donné de la corde.
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On peut donc définir une petite liste des éléments
objectifs, variables ou constants, constitutifs du son: forme (variable), épaisseur
(constante), dureté (variable) et longueur (variable) de l'ongle, teneur en graisse de la
peau (variable), épaisseur de la corde (constante), hygrométrie et température
ambiantes (variables) jouant sur la réaction de la table de la guitare, sans parler
encore de l'attaque proprement dite, de l'endroit où elle s'applique, des harmoniques
filtrées sur la corde, de la longueur de celle-ci, de l'état émotif du guitariste, etc.
Il apparaît donc que c'est une liste d'éléments variables qui
définit en majeure partie un son. Il faut donc être dénué du sens analytique et
pratique minimum pour s'évertuer à rendre constante une entité qui se définit presque
exclusivement à partir de variables. Je suis persuadé que le guitariste doit admettre le
fait qu'il évolue toujours en situation de compromis entre ses souhaits et ce que la
réalité permet. Pour faire un parallèle, un pianiste habitué à une certaine
sonorité sur son piano ne peut trouver le même idéal sur un autre. Hors, ce même
pianiste produit un discours musical soutenu par des éléments plus constants qu'un
simple son. Les guitaristes gagneraient sûrement à épurer la pensée préalable à
l'action du travail instrumental. Un son clair et parfaitement maîtrisé sera toujours le
support initial et fidèle d'un discours musical. Les éléments subjectifs apparaîtront
ensuite selon les exigences stylistiques imposées par les oeuvres.
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L'idéal sonore installé dans la tête de certains conduit à une aberration
conceptuelle grave: la réfutation parfois systématique de l'emploi des cordes à vides!
Seules entités sonores naturelles de la guitare, seul plancher solide qui ne
s'effrondra
jamais sous les pieds ni sous les doigts du guitariste, l'ensemble des cinq cordes à vide
La - Ré - Sol - Si - Mi (le Mi 6ème ne pouvant être remplacé) se voit souvent être
l'objet du mépris du guitariste. Celui-ci ne pouvant, bien entendu, valablement jouer une
note aussi simple! Il ne peut pas lui appliquer son vibrato favori! Comment s'exprimer
dans ces conditions? Encore une fois, je pose la question: comment fait le pianiste, lui
qui n'a pas de vibrato, le malheureux?
Hors, il se trouve qu'il arrive quand même à exprimer beaucoup de choses, sans
artifices.
Il s'impose ici d'admettre que les moyens principaux d'expression sont encore une fois
plus universels. Les tensions nécessaires à l'expression résultent d'intentions
musicales conduites depuis la tête jusqu'au bout du doigt qui génère la note.
Ces
intentions, prévues ou spontanées, sont traduites en objet musical par le mouvement
technique approprié. |
Point n'est besoin au pianiste d'un vibrato. Le sens musical vient
de plus loin et de toute façon, il ne dispose que de cordes à vide. Mais maîtrisées.
C'est ici que le guitariste trouvera des éléments de réflexion sur son attitude envers
les cordes à vide. Point évoqué dans le chapitre concernant les gammes, est-il sûr de
son contrôle sur les cordes naturelles? Est-il capable d'en stopper la vibration au
moment voulu ou nécessaire? Le timbre qu'il en obtient s'inscrit-il bien dans une
problématique sonore générale ou au contraire, devient-il incongru parque trop clair et
le reste trop rond? Est-il capable d'égaliser le son dans une gamme où l'emploi de la
corde à vide permettrait plus de legato que de heurts dûs à trop de
déplacements, même bien faits? Etc...
Je ne connais aucun autre instrumentiste qui soit capable de réfuter les
évidences et le naturel de son instrument avec autant d'irresponsabilité
musicale que le guitariste. Sans doute la nature de l'instrument est-elle en cause:
archaïque, empirique, sensuel, ambigu, il ne favorise pas la réflexion dans son exercice
spontané. Cela ne pose aucun problème pour certains styles, mais en guitare classique,
il convient de réfléchir beaucoup pour se permettre d'oublier qu'on l'a fait.
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